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Dystrophies musculaires (DM) de Duchenne (DMD) et de Becker (DMB)

B. Chabrol, I. Desguerre

Guillaume Benjamin Armand Duchenne, dit Duchenne de Boulogne, décrivit entre 1861 et 1868, les symptômes de ce qui allait devenir la dystrophie musculaire de Duchenne (DMD) : déficit moteur dès l’âge de 5 ans chez des garçons, avec une perte de la marche aux environs de 10-12 ans et une évolution létale par défaillances cardiaque et respiratoire. Paul-Emile Becker vint, en 1955, compléter cette nosographie en décrivant une autre myopathie progressive liée au sexe de début plus tardif, d’évolution plus lente et compatible avec une indépendance fonctionnelle dans les activités de la vie quotidienne.

L’anatomo-pathologie du muscle atteint identifia cette myopathie comme une dystrophie musculaire d’où son nom actuel avec un processus de nécrose régénération conduisant à la fibrose musculaire et la perte fonctionnelle progressive.

L’hypothèse génétique au départ était basée sur le concept de maladie héréditaire, probablement monogénique, où seuls les garçons étaient malades, de transmission maternelle témoignant d’une pathologie liée au chromosome X. La cytogénétique et l’utilisation des marqueurs polymorphes mirent en évidence le premier marqueur lié au locus en Xp21.2. La suite prouva que les dystrophies musculaires de Duchenne (DMD) et de Becker (DMB) ne formaient que des phénotypes pathologiques du même gène muté. Monaco et coll identifièrent le gène et la protéine défectueuse qu’ils nommèrent dystrophine.

Le diagnostic s’appuya alors sur une sémiologie moléculaire à l’origine du concept de dystrophinopathie regroupant non seulement DMD et DMB mais également d’autres tableaux comme une intolérance à l’effort ou une cardiomyopathie isolée. Ainsi le terme de dystrophinopathie est, à ce jour, utilisé pour décrire les maladies d’hérédité récessive liée à l’X, secondaires à un déficit en dystrophine.

Le tableau clinique le plus caractéristique, le plus fréquent et le plus sévère est représenté par la dystrophie musculaire de Duchenne (DMD). Un tableau plus modéré est réalisé par la dystrophie musculaire de Becker (DMB). Il existe également des tableaux variés allant d’une intolérance à l’effort à une cardiomyopathie sévère isolée et les tableaux inhabituels beaucoup plus rares chez la fille.

L’incidence de la DMD est de 1 pour 3300 naissances de garçons, ce qui représente en France sur la base de 750 000 naissances par an, dont la moitié de garçons, 150 à 200 nouveaux cas potentiels par an. L’incidence de la DMB varie de 1 pour 18 000 naissances de garçons à 1 pour 31 000.

Pourquoi un tel numéro pratiquement 150 ans après les premières descriptions ?

Plusieurs raisons à cela :

Les dystrophinopathies sont des maladies musculaires chroniques comportant une atteinte multi systémique évolutive plus ou moins sévère selon le type. Alors que des essais thérapeutiques spécifiques se mettent en place, il est essentiel de connaître l’histoire naturelle de la maladie qu’il s’agisse de la forme Duchenne ou de la forme Becker (cf. article I. Desguerre et V. Laugel et celui de Y. Péréon).

Des progrès essentiels ont été réalisés tant au niveau de la connaissance physiopathologique qu’en biologie moléculaire. (cf. article de Y. Péréon et celui de F. Leturq et S. Tuffery-Giraud) La prise en charge des différentes atteintes doit être la plus précoce possible pour assurer une meilleure qualité de vie qu’il s’agisse de l’atteinte fonctionnelle et orthopédique (cf. article C. Boulay, G. Finidori), de l’atteinte respiratoire (cf. article D. Orlikowski), de l’atteinte cardiaque (cf. article K. Wahbi), sans oublier l’atteinte cognitive (cf. article de F. Rivier et J.-M. Cuisset) S’agissant de maladies héréditaires liées à l’X, le conseil génétique est indispensable (cf. article de C. Coubes) L’approche thérapeutique était jusqu’alors uniquement symptomatique.

Des stratégies thérapeutiques innovantes sont actuellement explorées, telles que i) le saut d’exon ; ii) la translecture de codons non-sens (« codons stop ») générés par des mutations ponctuelles ; iii) surexpression d’une micro-dystrophine par approche de thérapie génique ; iv) traitement du métabolisme oxydatif par l’Idebenone ; et v) blocage de la voie de signalisation myostatine (cf article de H Amthor).

La prise en charge globale reste pour autant indispensable visant à optimiser la qualité de vie des patients dès l’annonce du diagnostic et tout au long de la vie du patient (cf. article B Chabrol, M Mayer).

Liens d’intérêts

Au cours des 5 dernières années, Brigitte Chabrol a participé à des essais cliniques en qualité d’investigateur principal, coordonnateur ou expérimentateur principal (PTC 124) et en qualité de co-investigateur, expérimentateur non principal, collaborateur à l’étude (Biomarin) ; est intervenu dans pour des rapports d’expertise (Board PTC, Board Biomarin, Board Shire), a participé à des conférences en qualité d’auditeur (Biomarin, Genzyme, Shire).

Au cours des 5 dernières années, Isabelle Desguerre a perçu des honoraires ou financements pour participation à des congrès, actions de formation, participation à des groupes d’experts, de la part des Laboratoires PTC Inc, GSK, Servier. Isabelle Desguerre a également été investigateur principal d’études cliniques promues par les Laboratoires PTC Inc et GSK.